projets – musique et texte

Après quatre années passées auprès du collectif artistique du théâtre de la ville et du metteur en scène Emmanuel Demarcy-Motta, deux années à l’école de théâtre Florent… il était temps de se lancer dans des projets plus personnels et en petite formation !

En 2011, L’histoire de la Princesse de Montpensier, d’après le texte de Madame de Lafayette, avec la complicité de la comédienne Marie-Armelle Deguy, le metteur en scène Jacques Vincey, et une scénographie d’Yves Collet.

En 2012, création de deux spectacles : La harpe en mots, invention à deux voix autour des évocations littéraires de la harpe, et 1900 : marins, artistes.

histoire de la princesse de montpensier

Écheveau d’intrigues amoureuses dans les blancs d’une histoire bien réelle, la nouvelle, concise et fulgurante, donne une peinture saisissante des passions humaines, dans le climat moral du grand siècle. Marie-Armelle Deguy, qui en signe l’adaptation, et Constance Luzzati à la harpe, conjuguent parfaitement mots et musique et donnent à ce joyau de la littérature, toute sa mesure.

Marie-Armelle Deguy  a été élève au  Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique  puis pensionnaire à la Comédie-Française. Depuis qu’elle  a repris son indépendance, elle a travaillé avec de nombreux metteurs en scène comme André Engel, Alain Françon, Brigitte Jaques, Christophe Perton, Emmanuel Demarcy-Mota, Frédéric Bélier-Garcia, etc. Elle s’est consacrée tant au théâtre des siècles passés qu’à la création contemporaine et s’est produite sur les plus grandes scènes françaises : Comédie française, théâtre de la ville, théâtre de l’Odéon, théâtre de la Ville, théâtre national de Chaillot, théâtre du Rond-point, théâtre Gérard Philippe, théâtre de la Commune à Paris, théâtre de Nanterre Amandiers, Cartoucherie à Vincennes, Célestins à Lyon, Comédie de Reims, CDN à Bordeaux, etc. Elle tourne également au cinéma, entre autres sous la direction François Favrat, Régis Wargnier, Olivier Dahan, Sam Karmann, Guillaume Nicloux, Bruno Podalydes, dans des films tels que La Môme, Liberté Oléron, ou Pars vite et reviens tard, pour n’en citer que quelques uns. Elle enregistre par ailleurs régulièrement pour la radio des pièces, des poèmes, des nouvelles, principalement sur les antennes de France Culture et France Inter. Sa grande affection pour les textes la pousse également à faire de nombreuses lectures de romans en public.

« Trois paravents et un texte », L’e-journal de Boulogne Billancourt, mai 2011, article de Stéphane Piéron

Pourquoi ce titre provocateur ? Pour mieux mettre en avant l’actrice/conteuse et la harpiste si bien mises en valeur par l’intelligence de la mise en scène de Jacques Vincey et des éclairage d’Yves Collet. Tout contribue à la réussite d’une représentation qui constitue un vrai pari : rendre contemporains un texte vieux de plus de trois siècles et une intrigue amoureuse au temps des guerres de religion.

Pour camper le décor imaginez trois paravents sur roulettes tour à tour opaques, transparents ou réfléchissants dont la combinaison sur la scène avec les déplacements de la Harpiste et de la comédienne nous transportent de châteaux en salles de bal ou en appartements privés. Ajoutez-y une harpe moderne, magnifique dans sa marqueterie, deux femmes belles et talentueuses et…. comme le bougeoir qui sur l’avant scène complète le décor, vous fondrez peu à peu devant tant de charme. Faire le résumé de l’histoire de la princesse de Montpensier, ce serait perdre un bonne part du sel de la langue de Mme de La Fayette si bien servie par la diction parfaite et le jeu ciselé de Marie Armelle Deguy. « Les sauts dans le temps, les ellipses, les longues scènes ainsi que les rapports entre les gens sont fascinants et d’un suspense incroyable… » comme le dit elle-même l’actrice adaptatrice du texte qui nous paraît dès lors bien réel. On se laisse porter par les péripéties, les changements de personnage, la précision de la langue et l’humour sous-jacent.

Cette subtilité orale est admirablement servie par la Harpe de Constance Luzzati qui de Rameau à Pancrace Royer en passant par les Couperin, oncle et neveu, survole habilement la littérature pour clavecin des 17ème et 18ème siècles. Les transcriptions pour la harpe sont bienvenues et l’utilisation d’extraits de morceaux comme les barricades mystérieuses de François Couperin ou la Poule de Jean Philippe Rameau à des moments clés, est très judicieuse.

Dommage que deux représentations seulement soient prévues au TOP, car il vous faudra vous déplacer plus loin pour jouir de ce spectacle.

« Une histoire d’amour chuchotée dans la nuit », La Terrasse, mai 2011, propos receuillis par Catherine Robert

Marie-Armelle Deguy adapte et interprète, en compagnie de Constance Luzzati à la harpe, les amours passionnées de Madame de Montpensier : un joyau ciselé par la langue du Grand Siècle.

« J’adore la littérature classique et la langue du XVIIe siècle. J’ai toujours beaucoup lu et j’aime raconter et entendre des histoires. J’ai eu un coup de cœur en lisant celle-là, il y a trois ans. Emmanuel Demarcy-Mota organisait à Reims, le festival À scène ouverte sur le principe un acteur / un auteur. Il m’a proposé de dire le texte de Madame de La Fayette. Je connaissais Constance Luzzati avec laquelle j’avais joué dans Homme pour homme, de Brecht, et nous avions noué une amitié. Je me suis dit que ce texte serait magnifique avec de la harpe. Ce spectacle est donc né de ce double hasard et nous l’avons parachevé à force de lectures et grâce au regard extérieur de Jacques Vincey. Toute la difficulté tient au fait que ce n’est pas un récit à la première personne. L’adapter rend la question de l’incarnation très délicate. J’ai essayé de combiner l’intimité du récit et l’art du conteur sans faire défiler les différents personnages en les interprétant tous.

Il n’y a pas de véritable incarnation mais plutôt différents degrés d’investissement. Ce texte sublimement écrit est une sublime histoire d’amour. J’ai voulu raconter cette histoire comme on fait rêver un enfant, le soir, dans son lit, comme on chuchote un récit à l’oreille de quelqu’un. Pour la harpe, nous avons choisi des airs du xviiie siècle. Constance joue selon diverses modalités : seule, en ponctuation, sur ou sous le texte. La harpe apporte un prolongement merveilleux à cette langue et magnifie le texte. C’est un peu comme un récit à deux voix. La langue de Madame de La Fayette passe admirablement. Elle décrit avec une telle précision et une telle élégance les tourments de la passion, c’est tellement beau, que tout le monde reçoit le texte et s’y identifie. »

la harpe en mots

Dans la littérature, la harpe est fréquemment évoquée en tant qu’instrument angélique, ou attribut d’une jeune fille aux doigts graciles… Certains écrivains sont-ils passés outre cette image d’Épinal ? C’est ce que vous découvrirez à travers cette promenade littéraire et musicale menée tambour battant par les deux complices. Et si ce n’est pas le cas, et bien elles inventeront pour vous de nouvelles manières de dire l’instrument, qui soient adaptées à toutes ses possibilités sonores ! Anne a plus d’un tour dans son sac : comédienne, circacienne, accordéoniste, chanteuse… Voilà de quoi revitaliser l’instrument des anges et des salons !

Le spectacle est disponible en deux versions : pour les petits et pour les adultes. Il est destiné à investir des lieux non dédiés à la musique, pour la faire aller à la rencontre de nouveaux publics, et faire résonner écoles primaires aussi bien que librairies…

1900 : marins, artistes

La Marine a fourni un nombre étonnant d’artistes de tout premier plan, tout particulièrement en France à l’orée du XXe siècle. La harpe est-elle un instrument propice à évoquer l’immensité des océans, l’instabilité de l’onde, ou résonne-t-elle d’une façon particulière dans l’imaginaire de ces musiciens voyageurs au long cours ? En tous les cas, ils ont largement fait leur profit de ses sonorités. D’où l’idée de mettre en regard les œuvres des compositeurs Albert Roussel et Jean Cras avec les textes de Victor Segalen et Pierre Loti. La Marine (quoiqu’avec des carrières bien différentes) et l’époque lient ces hommes ; cependant, leurs productions artistiques témoignent d’une étonnante variété, et d’esthétiques contrastées.

Le spectacle existe en deux versions, adapté aux grandes salles comme aux petites structures. La version « gros tonnage » fait entendre les quintettes de Roussel et Cras, avec l’appui d’un récitant. La version « esquif » est portée par la harpiste seule, au travers des impromptus des deux compositeurs entremêlés de lectures de Segalen et Loti, sans oublier la belle plume de l’amiral Cras.